Seulement, cette phrase-ci et la précédente seront les seules de l'article à avoir été écrites la nuit, puisque je continuerai demain matin.
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Donc, cet article sera-t-il un article inspiré ? Car en effet, nous sommes le matin, je dirai même plus, le midi. A mon grand désarroi (?), l'inspiration me vient plus aisément à la nuit tombée, lorsque tout est silence, ou qu'une musique mélancolique berce mes oreilles... Il est bien plus facile d'écrire seul, lorsque nul n'est en mesure de nous déranger, sans aucun bruit parasite, éclairé d'une simple lampe de chevet, assis confortablement dans un lit avec son bien-aimé ordinateur sur les genoux. Peut-être qu'en décrivant cette ô combien enviable situation, je tente de me mettre dans le bain ? Parce que j'en ai besoin, de facilité. Ecrire... cela m'est moins facile qu'à l'ordinaire. Dépeindre ma souffrance est bien plus aisé que dépeindre du bonheur. Or, je ne souffre pas, en ce moment, ou les souffrances que je peux ressentir sont tellement liées à mon bonheur que je n'y puis faire attention. J'ai toujours eu le besoin d'extérioriser mes misérables états d'âme, de les donner en pâture à qui voudra les bouffer, en m'étalant dans ces pseudo-malheurs. Tandis que, si je me sens heureuse, je n'ai plus envie, je ne peux plus me plaindre comme je sais si bien le faire, je préfère m'engoncer dans ce sentiment de plénitude en le vivant, ou en me confiant à un simple papier, plutôt que le relater à mon public anonyme. J'ai été moins habituée à décrire le bonheur : c'est la première fois que j'ai l'impression de le ressentir. Je crois que j'ai un grand besoin de mes souffrances, je les protège jalousement, mais je peux bien les délaisser quelque peu pour la fièvre des sentiments, cette béatitude ponctuelle et à la fois filée qui réussit si bien à me détourner de mes idéaux... Mais qui est en même temps la consécration de mes désirs. J'aime mes souffrances, même si je tends à les balancer au loin, et, me songeant heureuse, je ne peux pas haïr ce bonheur niais. Oui oui, pour m'étendre sur le sujet, j'adule mes souffrances et les entretient, car il n'y a rien de plus plaisant, qui me cause le plus de fierté que de me savoir mal heureuse, désespérée, me vautrant dans des abysses rêvées de conscience mortuaire. Toutefois, le bonheur, plus rare sans doute, est aussi plus envahissant pour moi, alors je me vois dans l'obligation de mettre pour un temps de côté ces belles désillusions et de me métamorphoser en candide jeune demoiselle énamourée. C'est embêtant pour mon petit ego, mais finalement ne me pose guère de problèmes, car, comme ressassé au-dessus, c'est ce que j'ai toujours voulu. Tout cela est bien paradoxal. Ohoh, c'est que j'aime à me sentir paradoxale, une fois encore cela ne fait qu'alimenter mon délicat égotisme... que je pourrais actuellement définir comme atrophié. Je tourne en rond, n'est-ce pas ? J'aimerais bien faire d'autres thèses qui se veulent intelligentes, mais elles devraient traiter de sujets qui ne me concernent pas en ce moment, centrée que je suis sur mon petit amour... J'y parviendrai sans doute, plus tard, j'ai bien réussi à écrire ce paraphe, après avoir, pendant un laps de temps assez étendu, été en panne sèche. Ceci est donc l'article inspiré (j'ai réussi, quel exploit !) que vous attendiez tous. Ou pas. Et je sens que je pourrais continuer longtemps... Considérons cet interlude comme un discours comparant malheur et bonheur, ou devrais-je dire mon malheur et mon bonheur, parce que, si mon ego est atrophié, il ne l'est que pour une seule personne, et est toujours bien présent.
*Je prends un plaisir particulier, parfois, à inventer des mots pour parer à notre peu mais pourtant lacunaire si belle langue, ou à utiliser des mots dont j'aime la forme mais sans rapport avec le sens originel de la phrase. Et oui, la première phrase de cette parenthèse était uniquement destinée à placer le mot "lacunaire", car en fin de compte, nous savons tous que le français est immensément riche.*
[photo : Evgeniy Shaman]



